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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/231

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Qui fourmillent au loin sur les neiges muettes,
Comme font en janvier les bandes d’alouettes !

Une voix a dit : " Halte ! " et ce peuple de fer
S’arrête en tressaillant, et luit comme l’éclair.
Il se couche muet comme en ses funérailles,
Et près de lui s’endort son sabre de batailles.
Tout se tait, tout sommeille, au loin, sur le gazon,
Et les feux du bivouac rougissent l’horizon.
Qui pourrait dire alors dans cette nuit de rêve,
Quand il brille au foyer, tous les songes du glaive ?
Comment dans leur sommeil les fusils en faisceaux
Font la ronde le soir autour des généraux,
Et comment les canons, en attendant l’armée,
Se gorgent à loisir de fer et de fumée ?
Comment les étendards, aux fronts échevelés,
Chantent dans l’ouragan leurs chants ensorcelés ;
Suspendue à l’arçon, comment la carabine
Fait sonner en sursaut sa baguette argentine ;
Et comment le tambour, sur ses trépans discors,
À l’heure de minuit bat le réveil des morts ?
Dans le creux d’un sillon, où le grillon sommeille,
Sur la paille couché, le grand empereur veille ;
Son manteau jusqu’aux pieds, de son large repli,
Le couvre du duvet d’Arcole et Rivoli ;
Comme une torche ardente en des fêtes funèbres,
Son épée étincelle au milieu des ténèbres.

Il veille, et dans son cœur vers un grand lendemain
Il ouvre à sa pensée une route d’airain,