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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/224

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Le glaive en son chemin de sang.
C’est toi, toi, Sébaoth, archange des archanges,
Qui, le soir des combats, dans leurs livides langes
         Couchais les peuples sur le flanc.

C’est toi qui pour voler avais donné des ailes
Aux chevaux effarés. Comme des sauterelles
         Ton pied foulait les nations.
C’est toi, roi de la gloire, en sa gloire usurpée,
Qui du vainqueur à Tyr réjouissais l’épée,
         Et brisais la dent des lions.

Les séraphins poussaient le char de ta colère ;
Les chérubins de l’aile abritaient sur ton aire
         Les nouveaux-nés de tes combats.
De ton urne d’airain tu versais l’épouvante.
Comme après le chasseur vient la meute hurlante,
         Les ténèbres suivaient tes pas.

Tu partageais d’abord, comme une toile neuve,
La bataille en deux parts ; et comme pour un fleuve
         Tu creusais son lit à l’effroi.
Des peuples le matin la joie était comblée ;
Puis tu disais un mot, le soir, dans la mêlée ;
         Et tout avait fui devant toi.

Aujourd’hui notre œil voit, aux clartés de la tombe,
Ta colère assouvie, et ton bras qui retombe,
         Sanglant, sur ton glaive lassé.
Celui-là s’est assis, tranquille en sa victoire,
Que, dans sa nudité, tu vêtis de ta gloire.
         Grand Dieu ! Ton courroux est passé.