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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/215

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Puis il entre au chemin où le désert l’attend.
Il s’avance ; il revient ; il se hâte ; il s’arrête ;
Les bras sur la poitrine, et secouant la tête,
Il se parle tout bas ; et la terre l’entend.
" Entrons seuls, ô mon âme ! Ainsi qu’en notre gîte,
En ce désert de sable où mon destin s’agite.
Pour un moment laissons en arrière de nous
Ce bruit que fait un nom, et le monde à genoux.
Ainsi qu’un vêtement qui nous gêne et nous pèse
Quittons là notre gloire et luttons à notre aise.
Et d’abord dis-le-moi : pour que mes ennemis
Soient d’un souffle à mes pieds renversés et soumis,
Que suis-je donc moi-même ? Un homme ou plus qu’un homme ?
Un prophète ? Un devin ? Ce que le monde nomme
Un demi-dieu, je crois, qui se fait son autel
De son propre débris pour un jour immortel ?
Peut-être plus encor. Le sais-tu, ce mystère,
Jupiter Ammon ? Dieu de sable et de poussière,
Qu’en ce lieu ce désert a vu naître et mourir,
Suis-je un dieu comme toi, comme toi pour périr,
Ou ton fils Alexandre, avec sa renommée,
Qui revient en sa force et cherche ta fumée ?
À cette heure le monde a perdu son chemin.
Il faudrait dans sa nuit le mener par la main.
Depuis qu’en cet endroit où chaque pas s’efface,
Caché dans ma pensée, il ne voit plus ma trace,
En pleurant il s’en va du Rhin jusques au Nil
Se mendier un maître, et crie : " Où donc est-il ? "