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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/210

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Ainsi que les palmiers que les vents amoncellent,
Sur les spahis de Tor ceux de Jaffa chancellent ;
Leurs os aux pèlerins apprendront le sentier.
Des restes d’Ismaël comme d’un chaume aride,
Le berger de Gizeh, devant sa tente vide,
Allumera son feu pendant l’hiver entier.
Ah ! Sous le poids des morts le pont d’Al-Sirah tremble ;
Trop d’âmes en un jour s’y rencontrent ensemble ;
Les enfants du poignard, dans leurs beaux châteaux forts,
Comme au pied du dattier tombent les dattes mûres,
Au pied du sultan franc sont tombés sans murmures.
Les baisers des houris n’éveillent plus les morts.
Bulbul ne viendra plus, sur le myrte d’Asie,
Avant l’aube baiser la rose épanouie ;
Car la rose d’égypte a perdu son odeur ;
Mais sous le toit usé de la vieille mosquée
Les myopes hiboux et la louve efflanquée
Ensemble habiteront, sans craindre le chasseur.
Muets, les minarets croulant dans la tempête
Dénoueront leurs turbans de marbre sur leur tête.
Le caloyer impur de Tine ou de Roumi
Y fera sa prière en sa langue menteuse ;
Comme un phare oublié dans la mer ténébreuse,
Ils garderont, eux seuls, le désert endormi.
La cigogne de Thèbe a quitté sa nichée ;
Et la terre de Misr, comme une herbe arrachée,
Est soumise au giaour. Le vil nazaréen
Des filles des émirs a soulevé le voile ;