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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/206

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XV. L’IMAN

 
Le chamelier se tait, mais non l’écho de Tyr,
Ni l’écho du Thabor, ni le flot d’Aboukir,
Ni la blanche mosquée auprès du sycomore ;
Car sur les minarets, du côté de l’aurore,
Dès qu’au pays de Misr vient l’heure de prier,
L’iman comme l’écho répond au chamelier :
" Allah ! Voici la nuit, adorez le prophète !
À toute heure il vous voit et luit sur votre tête.
Allah ! Voici le jour. Redites tous : Allah !
Par le puits du désert, par l’étoile endormie,
Par le champ du figuier, par l’ombre évanouie,
Maugrabin, mamelouk, turcoman et fellah !
Par les chevaux brûlants dont le souffle étincelle,
Par les chevaux d’Assur aux ongles de gazelle,
Par ceux que vers Boulac la trompette enhardit ;
Et par les cavaliers, par les djinns moins rapides,
Je vois au loin, je vois au pied des pyramides
S’assembler le troupeau d’Yblis au front maudit.
Par le puits de Tesnim, où Misr se désaltère,
Par les noms de l’épée et ceux du cimeterre,
Comme de blancs chevreaux du côté d’Embabeh,
Je vois au loin, je vois des tentes égarées,
Puis les lions d’Aram aux crinières dorées,
Et puis le blanc turban de Hassan Mourad-Bey.