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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/202

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Mon cimeterre a soif, il a dit au croissant :
" Mène-moi dans la mer où le flot est de sang ;
Les anges du désert qui nous servent de guide
Entraînent nos chevaux par le mors et la bride. "
Le pacha de Damas, sur le haut de sa tour,
Les regarde passer depuis l’aube du jour,
Plus nombreux qu’au sérail les soupirs des sultanes,
Avec les grains de sable aux pieds des caravanes,
Et les flots de la mer qui sourit à Tunis,
Et les étoiles d’or aux cieux des oasis.
Ah ! Qu’il croit déjà voir suspendue à sa selle
Du beau sultan Kébir la tête qui ruisselle !
En son rêve il l’emporte à travers le chemin,
De noirs cheveux voilée, et saignante en sa main ;
Et, pour mieux qu’on la voie en ses destins rapides,
Il la veut accoler au tronc des pyramides.
Ah ! Qu’il rêve déjà du beau pays des francs,
Où les maures allaient, sous les myrtes errants !
Et des nuits de Provence et des fraîches journées,
Et des sources d’eau vive aux pieds des Pyrénées,
Et des bois d’arbres verts, et des vieux châteaux forts
Où les chiens de chrétiens ont caché leurs trésors !

Femmes qui vous baignez sous le chêne d’Ardennes,
Sous le figuier du Var, dans le golfe de Gênes,
Baissez votre long voile ! Il rêve aussi de vous,
De vos baisers d’amour aux musulmans si doux.
Pensant à son harem, il dit à son pirate :
" Va-t’en les attacher au mât de ma frégate. "