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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/199

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Que me fait la mosquée abaissée en arceaux ?
Que me font à mes pieds cent villes à créneaux,
Et tous leurs minarets à genoux sur les dalles,
Comme un esclave noir qui nouerait mes sandales ?
Pour s’asseoir devant moi sur mon sable aujourd’hui
Un géant doit venir ; et ce géant, c’est lui !
—Dites-le-nous de votre cime,
Nous le redirons à l’abîme.
Votre sultan, comment est-il ?
Vient-il du Bosphore ou du Nil ?
Comment est fait son cimeterre
Quand il jette son cri de guerre ?
—Comme un serpent ailé son cimeterre a lui :
Une étoile l’éclaire, et marche devant lui.
Comme un lion qui passe auprès de sa lionne,
Sur son front est écrit : " voyez-vous ma couronne ? "
Et déjà dans la gloire entré par cent endroits,
Son visage a pâli de la pâleur des rois.
Jamais en mon désert rien n’a laissé de trace,
Ni peuple, ni cité, que d’un souffle j’efface.
Ainsi qu’un livre ouvert, avec sa marge d’or,
Où pas un mot entier ne s’aperçoit encor,
Pour écrire le nom de ses jours à venir,
Tout mon sable s’étend de Thèbes jusqu’à Tyr.
Depuis que l’éternel en ce lieu m’a menée,
J’ai conservé mon deuil, à me taire obstinée.
Dans leurs songes mes sphinx m’ont dit : " le voyez-vous ?
Il marche en son combat. Le voilà, cachez-nous.