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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/188

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Reine de l’océan, elle était sans rivales,
Quand auprès du Lido ses sœurs orientales
La parèrent encor du mauresque turban.
Sa citerne s’emplit aux sources du Liban.
Dans son palais ducal les péris d’Arabie
Bâtirent sous son toit l’Alhambra d’Italie.

Toujours environné de ses lions béants,
Son doge alors montait l’escalier des géants ;
Puis, balançant entre eux sous sa main qui les frappe
L’Europe et l’Orient, l’empereur et le pape,
Empêchait que le monde, en sa lutte emporté,
Ne penchât trop longtemps d’un ou d’autre côté.
Aussi, quand Mahomet dans Rome circoncise
Pensa porter le pal, le glaive de Venise
Comme un regard du Christ dans Rhode étincela !
Sa cuirasse émoussa les javelots d’Allah ;
Et, comme au bord d’un nid une aile palpitante,
On vit bondir sa rame au combat de Lépante.
Puis, quand l’œuvre fut faite et son siècle passé,
Ainsi qu’un grand vaisseau sur l’écume bercé,
Tout chargé de butin, d’armes, de banderoles,
Qui revient jeter l’ancre à côté des gondoles,
Au vent des nations ne prêtant plus son bord,
Elle baissa la voile, et rentra dans le port.
Dans le port, au Lido, muette, solitaire,
Son ombre en chaque endroit enfermait un mystère.
Sous le balcon des dix souvent les flots meurtris
Avec l’algue roulaient des prières, des cris.