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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/186

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Parlez, nous nous taisons. Autour de votre front,
Ainsi qu’un ouragan, notre ombre se balance.
Du vin de nos combats enivrez donc la France.
Si les vivants sont sourds, les morts vous entendront.



IX. VENISE

 
Oui, les vivants sont sourds ; et leur langue inféconde
Ne connaît rien qu’un nom dont ils lassent le monde.

Mais l’écho d’Italie a mille et mille voix,
Quand Ravenne et Zara murmurent à la fois,
Quand la Brenta soupire au branle des gondoles,
Quand la rive s’endort au chant des barcarolles.
Alors le pèlerin s’arrête vers le soir,
Et pense : il faut prier. Le pêcheur va s’asseoir
À Fusine, en sa barque amarrée à la dune.
C’est l’heure où, s’affaissant sur la pâle lagune,
Le flot à l’autre flot dit, sans savoir pourquoi :
Venise, qu’as-tu fait ? Je veux gémir sur toi.

Puis, quand le flot se tait, le vieux gondolier chante,
Et, quand le jour se meurt, la cloche se lamente ;
Puis, comme fait une ombre après la fin du jour,
La foule au rialto passe et dit à son tour :
Venise, qu’as-tu fait ? Sous tes noires murailles
Qui chantera pour toi ton chant de funérailles ?
Puis le poëte passe après le gondolier,
Plus triste que le flot, en son pâle sentier,