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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/185

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Qu’est devenu son pur tranchant,
Que dorait le soleil couchant ?


Ô vous, qui vous taisez pendant que les morts pleurent,
Parlez ! Que fait le monde où les vivants demeurent ?
La paix est-elle close entre les nations ?
Les hommes n’ont-ils pas pleuré toutes leurs larmes ?
Se plaisent-ils toujours au cliquetis des armes ?
Et les semeurs ont-ils retrouvé leurs sillons ?
Nos fils sont-ils restés semblables à leurs pères ?
Au fond de nos hameaux les vieilles filandières
Parlent-elles de nous quand leur âtre a pâli ?
Se souvient-on encor, dans la terre où vous êtes,
Du jeune général qui, comme les tempêtes,
Nous menait en un jour d’Arcole à Rivoli ?
L’olive chaque été reverdit-elle encore
Sur le mont où son sabre éblouissait l’aurore ?
On dit que son cheval a tari les ruisseaux
Où son souffle a passé ; que l’herbe est sans rosée
À l’endroit où sa tente un soir s’est reposée,
Et que son ombre au loin appelle les corbeaux ?
L’épée obéit-elle encore à sa parole ?
Son nom a-t-il d’un bond franchi le pont d’Arcole,
Ou s’est-il dissipé dans le souffle des vents ?
Depuis nous qu’a-t-il fait ? Est-il resté le même ?
Son front a-t-il jamais tenté le diadème ?
Est-il le roi des morts, ou le roi des vivants ?
Ah ! Chanteur, achevez ! Nos armes émoussées
Comme un glas ont frappé vos rimes cadencées.