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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/181

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Étroit était le pont ; loin était le rivage.
Un monde séparait la plage de la plage.
Haletants, les vivants sur ses bords s’entassaient.
Mais les morts plus nombreux leur défendaient l’entrée.
Au loin ils refoulaient une foule enivrée ;
Et les canons hurlants jamais ne se lassaient.
Ils essuyaient leur gueule aux roseaux des Maremmes,
Et puis recommençaient ; et puis sur les flots blêmes
Volaient les habits bleus troués en cent endroits ;
Les peuples épuisaient le pur sang de leur veine,
Et pas un ne pouvait, dans l’homicide plaine,
Toucher, sans en mourir, la barrière des rois.
Étroit était le pont, close était la barrière.
La foule sur ses pas retournait en arrière.
L’alouette gauloise en son nid s’envolait,
Appelant ses petits. Au champ de l’espérance
Le nouvel étendard avait perdu sa lance ;
Et la vague d’Arcole en son lit reculait.
Mais voilà qu’un cheval erre dans la mêlée.
Moins blanche était la neige au flanc de la vallée.
Voilà qu’un cavalier a quitté les arçons.
Ah ! Moins prompt est le cerf quand la biche est blessée.
Voilà que dans ses bras, comme sa fiancée,
Il a pris l’étendard aimé des nations.
Et puis, s’enveloppant de ses plis tricolores,
Il arbore, en courant, sur les arches sonores
La nouvelle bannière. à son nom, effrayés,
Les sabres sur son front ont glissé sans murmure ;