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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/180

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Demain ? Ce soir, peut-être, au loin, sans sépulture,
Du vautour des combats ils seront la pâture.
Quel est le plus vaillant et le plus fort d’eux tous,
Pour qu’il soit notre maître, et qu’il règne sur nous ? "
Car ils n’avaient pas vu, là-bas, dans le nuage,
Sur le haut Apennin, comme un pesant orage,
Passer un jeune Corse, aux cheveux noirs et plats.
Ainsi que des chevaux respirant les combats,
À sa voix frissonnaient les fleuves d’Italie.
Sous ses pas la Maremme était pâle et flétrie.
Les nations fuyaient devant lui sur leur char.
Rome pleurait, disant : est-ce toi, mon César ?



VII. LE CHANT DU PONT D’ARCOLE

 
En ce jour-là, c’était un des jours de brumaire ;
Les saules de Ronco jetaient une ombre amère ;
La sarcelle avait fui ; le marais, sur ses bords,
En tremblant s’éveillait ; les roseaux, sous la bise,
Dans la fange, meurtris, ployaient leur tête grise ;
Et sur l’étang des morts passait l’âme des morts.
Étroit était le pont, profond était l’abîme
Où, marchant sans la voir vers leur rive sublime,
Les peuples se hâtaient sous leurs manteaux d’hiver ;
Et maints canons de bronze et maintes coulevrines
Leur fermaient le passage, hurlant sur des ruines
Comme des chiens hargneux aux durs colliers de fer.