Ouvrir le menu principal

Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/179

Cette page n’a pas encore été corrigée


De son souffle vivait, et pensait : où va-t-elle ?
Qui jamais domptera l’héroïque pucelle ?

Non ! La France n’est plus, ainsi qu’à Vaucouleurs,
Une vierge au fuseau qui n’a rien que ses pleurs ;
C’était plutôt un mur, vivante citadelle,
Un rempart de vaillance, une Thèbe immortelle,
Aux cent portes de bronze ; et l’univers entier
Nuit et jour l’assiégeait de son puissant bélier.
Cité neuve, affranchie, et trois et trois fois sainte !
Populaire Sion, qui, dans sa forte enceinte,
Pour un monde nouveau faisant de nouveaux droits,
Aux trônes plébéiens donnait des peuples-rois ;
Et qui des dieux tombés, que foulent leurs victimes,
Suspendait à son seuil les dépouilles opimes !
Quand sa porte en criant s’entr’ouvrait sur les gonds,
On en voyait sortir d’étranges bataillons
De bronze et de granit, tout souillés de poussière ;
Et partout où sa lance avait frappé la terre,
Surgissaient des soldats, comme après le semeur
L’épi sur son sillon attend le moissonneur.
Mais, ainsi que l’épi sur son sillon fertile,
Les cœurs de ses enfants n’étaient pas faits d’argile :
Ils s’appelaient Joubert, Desaix, Hoche, Marceau,
Leurs longs cheveux jamais n’émoussaient le ciseau.
Les balles déchiraient leurs habits bleus de bure,
Et leur épée était leur plus belle parure.
Or le peuple disait, au bord de leur chemin :
" De ces hommes sans peur qui survivra demain ?