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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/178

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La laine, en habits bleus par les mères cardée,
Cachait de nobles cœurs. La parole fardée
Ne vous égorgeait pas sous un masque imposteur.
Un frère était un frère, une sœur une sœur ;
Sur ses deniers d’airain, pauvre et fière, la France
Avec son glaive nu gravait une balance.
Ses peuples usuriers, vivant de fictions,
Ne marchandaient pas tant leur sang aux nations,
Quand l’honneur avait soif ; et, lâches en leurs vices,
Surtout n’accusaient pas, délateurs et complices,
De leurs serments vendus, et de leur peu de foi,
Un masque fait d’argile, un prête-nom, un roi !
Oh ! Que bien autrement, sous le soleil brunie,
Cette vierge sans peur, et de pain noir nourrie,
Comme une moissonneuse, aux jours de messidor,
Dans son champ mûr cueillait son rustique trésor,
Quand son char, au retour, dispersait sur la haie
Des siècles moissonnés l’épi blond et l’ivraie !
Qu’elle était belle alors ! Et que de sa beauté
Les cieux étaient jaloux ! En sa captivité
Waterloo n’avait pas dénoué sa ceinture.
Sa porte était encor fermée à toute injure ;
Et des chevaux du don les pieds et les naseaux
N’avaient pas pour toujours souillé ses clairs ruisseaux.
Mais, crédule en sa force, et raillant l’impossible,
Comme une Jeanne d’Arc, à la lance invincible,
Aux siècles attardés elle ouvrait l’avenir ;
Et le monde vieilli, se sentant rajeunir,