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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/156

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romanceros espagnols, -les poëmes chevaleresques d’Arthur et de Charlemagne, les fragments des chants des bohêmes, le Marco des serbes, le Robin Hood des anglo-saxons, etc…

La troisième époque est l’époque philosophique. Sous cette dernière forme, ce n’est plus seulement une race, un peuple, c’est l’homme pris en général, qui fait le sujet de l’épopée. Cette période, ouverte par le paradis perdu, plutôt indiquée que remplie par Goethe et par Byron, est encore à son commencement. Si l’épopée est une des conditions attachées nécessairement au spectacle du monde, si elle n’est pas autre chose que ces événements eux-mêmes se développant au sein de l’intelligence universelle, il s’ensuit que l’épopée est en soi aussi impérissable que la nature et que l’histoire ; mais il est arrivé fréquemment que les critiques ont confondu l’épopée elle-même avec la forme consacrée chez les anciens ; et ne retrouvant plus le type qu’ils s’étaient formé dans leur esprit, ils ont, plus d’une fois, nié la présence des éléments épiques qui se remuaient sous leurs yeux. D’autres ont pensé que, de nos jours, l’épopée entière est réfugiée dans le roman. On ne peut nier ici que le principe de l’individualité s’étant développé à l’excès dans les temps modernes, cette épopée rapide de la vie intérieure et cachée, que l’on nomme le roman, a dû acquérir dans l’art une importance inconnue chez les anciens ; mais le poëme héroïque et le roman sont deux formes de l’épopée moderne qui coexistent de la même manière que la cité et la famille ; aussi est-ce une des premières lois de la poétique du roman de ne point laisser s’effacer ses héros devant les héros de l’histoire et du monde. Par delà ses personnages, on entrevoit sans doute les empires et les peuples qui passent au loin ; seulement, ni ces peuples qui passent, ni ces états qui croulent ou qui surgissent, ni ces vastes aventures du genre humain, ne peuvent devenir son objet immédiat ; et il périrait, le jour où, cessant d’être individuel, il se ferait, à proprement parler, social et héroïque. La différence du roman et de l’épopée est celle de l’homme et de l’humanité. Ces deux formes