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Page:Quinet - Œuvres complètes, Tome VII, 1857.djvu/140

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compte exact, rigoureux de ses œuvres ; chaque jour il sort de la légende, de la région complaisante des fables, du domaine de l’imagination ; désormais il appartient pour toujours au domaine sévère de la réalité et de la prose.

Le personnage du moniteur reste tout entier. Mais le titan, mais le second Hercule, le nouveau Prométhée cloué sur le rocher, inventeur et gardien du feu sacré, le fils de Jupiter Ammon, où est-il ? Qu’avez-vous fait de mon demi-dieu ? La pensée ne viendra plus à un poëte de prendre Napoléon pour sujet d’un poëme étendu.

J’avais quelque pressentiment de cette courte durée de la légende et de la mythologie napoléonienne, lorsque j’ai tenté, par un artifice d’imagination, de reporter mon héros dans un âge reculé, en dehors de notre époque de critique et de prose.

La légende populaire de César n’a pu se développer après la première génération. Depuis Lucain cette source s’est tarie. Après la Pharsale, l’imagination des anciens n’a plus rien tiré du personnage de César ; pour lui rendre la forme poétique, il a fallu le cataclysme de la barbarie et du moyen âge. De même, on peut assurer que pour rendre à Napoléon la forme exclusivement poétique, légendaire, créatrice, il faudrait supposer un renversement semblable de l’intelligence, de la raison, et des souvenirs modernes.

Si la critique philosophique, si le grand jour de la raison contemporaine et sans doute la force irrésistible des faits ont empêché Napoléon de garder sa place dans la région mythologique que la poésie lui avait faite, il