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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/85

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Rosalie, désertant la cour, changea son palais contre une grotte ignorée, où seule, et n’ayant que Dieu pour témoin de son sacrifice, elle avait cru en dérober le secret au monde.

Effet singulier du pouvoir qu’exerce sur l’âme des peuples l’héroïsme de tous les genres de dévouement et de renoncement à soi-même ! À peine connaît-on aujourd’hui les noms des princes qui, dans ce siècle reculé, gouvernèrent la Sicile ; ils sont ensevelis dans les archives du temps, et effacés de la mémoire des hommes. Celle qui se voua à l’oubli, qui voulut mourir de son vivant, vit encore aujourd’hui dans tous les cœurs. De pompeuses solennités se renouvellent périodiquement en son honneur. Parmi des milliers de feux, au milieu des chants qui redisent ses louanges, sur un magnifique char de triomphe, l’humble Rosalie reçoit tous les ans les honneurs de l’apothéose religieuse. Tout retentit alors des acclamations d’un peuple soumis à son empire ; et cette montagne, qui fut son tombeau, semble montrer au pieux Palermitain, dans les pentes qu’on y a pratiquées, le chemin et les degrés du ciel.

L’Art, effectivement, a rendu praticable l’accès de ce pic élevé : des détours multipliés sur ses flancs offrent au voyageur une longue, mais assez