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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/78

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ou d’idées en rapport avec nos sentimens ou nos croyances, ils sont également déchus de cet empire souverain qu’ils avaient exercé autrefois sur l’âme.

Oui, l’on peut affirmer que tout ouvrage dont le motif était de faire naître telle ou telle passion, d’éveiller telle ou telle espèce d’affection, d’exciter telle ou telle sensation, de correspondre à telle ou telle disposition de notre âme, de diriger notre esprit vers telle ou telle pensée, perd une grande partie de sa vertu, et par conséquent, de sa beauté, lorsque tous les moyens accessoires qui concouraient à lui faire produire ces effets lui sont ravis, lorsque lui-même a perdu dans l’opinion, la puissance morale attachée à sa destination originaire.

Et c’est là, précisément, ce qui est arrivé à ces statues dédéifiées de l’antiquité : c’est ce qui arrive à toute composition enlevée à sa fonction première, déplacée du lieu qui l’avait fait naître, et rendue étrangère aux circonstances qui lui donnaient de l’intérêt.


Combien de monumens restés sans vertu par leur seul déplacement ! que d’ouvrages ont perdu leur valeur réelle en perdant leur emploi ! que d’objets vus avec indifférence, depuis qu’ils n’intéressent