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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/67

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profondes, mélancoliques, sublimes ou touchantes, qui les environnait. Avez-vous pu tranférer dans vos magasins cet ensemble d’idées et de rapports qui répandait un si vif intérêt sur les œuvres du ciseau ou du pinceau ? Tous ces objets ont perdu leur effet en perdant leur motif.

Le mérite du plus grand nombre tenait aux croyances qui leur avaient donné l’être, aux idées avec lesquelles ils étaient en rapport, aux accessoires qui les expliquaient, à la liaison des pensées qui leur donnait de l’ensemble. Maintenant, qui fera connaître à notre esprit ce que signifient ces statues, dont les attitudes n’ont plus d’objet, dont les expressions ne sont que des grimaces, dont les accessoires sont devenus des énigmes ? Quel effet produit actuellement sur notre âme le marbre désenchanté de cette femme feignant de pleurer sur l’urne vide, qui n’est plus l’entretien de sa douleur ? Que me disent toutes ces effigies qui n’ont plus conservé que leur matière ? Que me disent ces mausolées sans sépulture, ces cénotaphes doublement vides, ces tombeaux que la mort n’anime plus ?

Déplacer tous les monumens, en recueillir ainsi les fragmens décomposés, en classer méthodiquement les débris, et faire d’une telle réunion un