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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/55

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qu’elles n’ont pas besoin de l’être ; mais on prétend qu’il y aurait de l’inconvénient à les supprimer, si l’on pouvait y parvenir. Puisque la nature veut qu’il y en ait, et puisqu’elle ne fait rien d’inutile, c’est en contrarier le cours, que de supprimer tous ces points intermédiaires, qui donnent à nos jouissances une vivacité plus grande, et à notre jugement des points d’appui plus sûrs.

Il faut poser en fait qu’un chef-d’œuvre en tout genre s’achète au prix de plusieurs centaines d’ouvrages médiocres. Ceci n’est pas un système, c’est un point d’évidence pour tout le monde. Il importe donc que beaucoup d’hommes produisent, pour qu’un petit nombre s’élève sur le grand nombre. Or, un autre inconvénient des collections d’élite devenues trop considérables, est aussi de trop apprendre aux amateurs quelle distance sépare les grands talens du temps passé, des talens de l’âge où l’on vit. S’il y a quelque justice dans ce jugement, il s’y mêle bientôt une prévention exagérée ; une sorte de superstition pour ce qui est ancien porte à condamner trop rigoureusement ce qui est moderne. On recherche avidement tout ce qui a l’empreinte de l’antiquité, et l’on dédaigne le nouveau parce qu’il est nouveau. De ce dédain, il arrive que les artistes produisent de moins en moins,