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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/52

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cela devait durer long-temps), dans lequel les Arts, les artistes et leurs ouvrages tourneraient sans fin pour l’usage de la société qui n’en userait jamais.

Il y a évidemment méprise dans ce point de vue. Il faut que les ouvrages des Arts ne cessent pas de se reproduire ; mais cette reproduction doit être l’effet naturel, et ne saurait devenir l’objet de la destination qu’on leur affecte. Faire des ouvrages qui ne seraient destinés qu’à en faire exécuter d’autres, c’est une opération purement scholastique, et qui ne doit pas sortir du cercle du l’enseignement. Ainsi furent composés dans tous les temps ces morceaux en prose et en vers, destinés à servir d’exemple aux étudians. Mais comme je l’ai déjà remarqué, les morceaux produits dans cette intention, ne sont pas ceux qui ont créé les poètes et les orateurs. Qui jamais imaginerait que ces exemples de commande puissent produire de grands talens et que les vrais modèles eux-mêmes soient capables de seconder le génie, sans le concours de causes naturelles qui donnent l’être à l’éloquence et à la poésie ?

La manie des collections, et l’abus des ouvrages qu’on destinerait à les grossir, ont pour inconvénient principal, d’enlever aux Arts ce qui est leur légitime patrimoine, de les déshériter, en quelque