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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/47

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la nature du public, ou des hommes étrangers à la pratique des Arts, d’y considérer et d’y applaudir par-dessus tout les qualités qui correspondent au sentiment.

S’il devait donc arriver que les artistes fussent obligés de ne travailler que pour les artistes, et dans la seule vue de plaire aux savans, ou je me trompe fort, ou la partie de la science et de l’exécution serait bientôt la seule en considération. L’obligation de satisfaire des juges si habiles à discerner les fautes ferait qu’on n’oserait point s’exposer à en commettre ; que, renfermé dans une timide circonspection, on redouterait de se livrer à ce sentiment, qui souvent ne produit les grandes beautés qu’aux dépens de grands défauts ; qu’on dirigerait ses efforts vers la pratique d’une exécution péniblement étudiée ; qu’on perdrait de vue peu à peu, et le but moral des Arts, et les routes qui y conduisent, qu’enfin on ne ferait plus que des morceaux d’étude.

À tout prendre, il me semble plus avantageux à l’Art que l’artiste soit obligé de travailler pour ce qu’il appelle les ignorans (ou le public), c’est-à-dire pour des juges qui veulent, avant tout, être affectés moralement. Ne pouvant plus alors regarder l’étude et la science comme l’objet unique de