Ouvrir le menu principal

Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/42

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
(32)

empreinte d’inutilité, dont l’effet ne peut être dissimulé : ainsi le veut la nature. Tout ouvrage sans objet se conçoit sans passion, s’exécute sans chaleur, et se voit sans intérêt.

Rien au contraire n’agit sur l’âme de l’auteur et ne réagit sur celle du spectateur, comme cette puissance d’impression qui résulte de l’accord positif et sensible des objets d’Art et des sujets de l’imitation avec leur destination. Ce point de direction donne à toutes les parties d’un ouvrage, à sa conception comme à son exécution, une sorte d’harmonie morale, que ne saurait produire le seul effort de l’imagination livré à elle-même et priée de cet appui. De là naît l’obligation d’un caractère mieux prononcé, d’un ton plus décidé, d’une manière moins banale. Alors l’artiste est véritablement forcé d’entrer dans le fond de son sujet, d’en parcourir tous les rapports, d’en saisir toutes les convenances ; alors il Ie voit avec une clarté plus grande : ses idées acquièrent plus de précision, ses moyens ont plus d’énergie, parce qu’un but plus fixe leur donne une tendance plus directe.

Moins il entrera de ces causes dominantes, de ces raisons impérieuses, de ces principes efficaces et déterminans dans la production des ouvrages de