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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/22

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les perfections de la nature. S’il se persuade que l’imitation entre ses mains n’est pas un jouet destiné au passe-temps de la société, mais un moyen d’instruction pour elle, ce noble sentiment influera sur le caractère de ses inventions, de ses pensées et de leur exécution.

Cette haute destination donnée aux Arts, et proclamée par ceux qui sont appelés à les protéger, en sera le plus sûr encouragement. Ainsi Ie Souverain qui repoussa de son palais, comme de vains objets de curiosité, des peintures dont les sujets étaient l’expression d’une nature vulgaire, donna la meilleure de toutes les leçons, et à ceux qui cultivent les Arts du Dessin, et à ceux qui sont chargés de les faire fleurir. Il apprit aux uns et aux autres que le plaisir qu’il faut demander aux Arts est un plaisir intellectuel, est celui que trouve l’esprit dans l’intuition de toutes les perfections, de toutes les beautés de la nature physique et morale. Il leur apprit que, si les jouissances de l’imitation se trouvaient bornées à celles que reçoit l’instinct ou le sens extérieur, les Arts n’auraient au fond rien de supérieur aux exercices frivoles qu’on appelle des jeux, et qu’enfin l’utilité, qui doit être le point de vue de l’Art, est l’utilité morale.