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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/117

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actuelles de notre âme ? Pourquoi la vue subite de cette épée suspendue empoisonne-t-elle la joie et le festin de Damoclès ? Le spectacle des beautés de la nature ne perd-il pas, ne retrouve-t-il pas ses couleurs au gré des passions qui nous dominent ?

Qui pourrait donc nous persuader que les œuvres de l’imitation auraient sur celles de la nature l’avantage d’un effet absolu, permanent, sans rapport avec les affections de notre âme, et avec toutes les causes morales dont on a parlé ? Je le dirai : c’est ce froid et orgueilleux esprit de calcul et d’analyse qui, prétendant tout asservir à la démonstration, nie ce que les sens ne prouvent point, appelle de tous les jugemens du sentiment à ceux du raisonnement ; qui, détruisant tout principe moral dans l’homme et dans ses œuvres, réduit tout à un mécanisme organisé dont il croit trouver les secrets ; matérialise la pensée pour la définir, paralyse les affections qu’il ne peut analyser, frappe d’inertie toutes les facultés imaginatives, et de stérilité les dons du génie ; répand le froid de la mort sur la nature, et, après avoir élevé à la raison un trône de glace sur les débris de nos affections, laisserait l’univers sans Dieu, l’homme sans âme, la société sans morale, les jouissances de la vie sans perspec-