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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/112

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attaché à ces chants naïfs qui ouvrirent notre âme aux premières impressions de la sensibilité, qui toujours nous ramènent aux premières années de la vie, qui toujours nous reconduisent au lieu qui nous vit naître ? Voilà les fibres délicates que l’Art à intérêt de toucher, s’il veut établir entre l’imagination et lui cette correspondance sans laquelle son langage se réduit à des sons, avec laquelle, au contraire, l’âme voit plus d’images encore que l’Art n’en donne, au moyen de laquelle la peinture musicale acquiert un corps, prend des formes, se dessine en un lieu, occupe un espace, emprunte de l’étendue et conquiert de la réalité.

Tout cela est l’effet d’une transposition très-subtile, d’un échange que l’âme peut faire des propriétés d’un Art contre celles d’un autre. Comme on croit entendre, dans la peinture, les cris plaintifs de la douleur, on croit voir aussi l’expression des corps et de la figure par les accens de la musique. Ainsi des sons ou une succession de sons analogues à tels souvenirs, à tels sentimens, nous rendent présens ces objets auxquels ces souvenirs et ces sentimens correspondent. Les impressions que l’âme reçoit des accords par la voie de l’oreille, elle les transforme en images du genre de celles que les yeux transmettent ; mais cette transposition ne