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Page:Quatremère de Quincy - Considérations morales sur la destination des ouvrages de l’art, 1815.djvu/110

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savantes dans leur simplicité. Le soin qu’on prend de leur conservation, l’honorable scellé sous lequel on les garde, le suffrage de tous les connaisseurs attestent leur mérite ; mais tous ceux qui, sans être connaisseurs, ont éprouvé la vertu de ces chants religieux, attesteront aussi que toutes les circonstances dont j’ai parlé coopèrent puissamment à en rendre l’impression plus profonde.

La musique, je l’ai dit, est l’Art qui veut être le plus secondé par l’imagination de ceux auxquels il s’adresse. Rien de matériel, rien de positif n’entre dans ses conceptions ; c’est notre entendement qui finit ses formes, c’est notre sensibilité qui nuance ses couleurs ; elle ne travaille pour l’âme qu’autant que l’âme travaille avec elle ; elle nous met sur la voie du plaisir, mais il nous faut y marcher aussi ; elle ne nous présente point des images faites ; elle nous les fait exécuter en nous : nous peignons avec elle, nous sommes ses collaborateurs ; acteurs nous-mêmes dans son action, nous n’en recevons le plaisir qu’en y contribuant, c’est-à-dire, que son effet n’a de prise que sur ceux qui le provoquent, c’est-à-dire, que son effet est nul sur celui qui n’y coopère point.

Car le plaisir de l’oreille, ou la difficulté d’exécution, ne doivent pas se mettre au nombre des