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la vérité fort rare, de mettre tout le sien à faire mieux éclater celui de ce comte, à l’aider dans ses recherches, dans ses rapports avec les libraires, jusque dans les soins de sa table, ne trouvant nulle tâche fastidieuse si seulement elle lui en épargnait quelqu’une, la sienne n’étant, si l’on peut dire, qu’écouter et faire retentir au loin les propos de Montesquiou, comme faisaient ces disciples qu’avaient accoutumé d’avoir toujours avec eux les anciens sophistes, ainsi qu’il appert des écrits d’Aristote et des discours de Platon. Cet Yturri avait gardé la manière bouillante de ceux de son pays, lesquels à propos de tout ne vont pas sans tumulte, dont Montesquiou le reprenait fort souvent et fort plaisamment, à la gaieté de tous et tout le premier d’Yturri même, qui s’excusait en riant sur la chaleur de la race et avait garde d’y rien changer, car cela plaisait ainsi. Il se connaissait en objets d’autrefois dont beaucoup profitaient pour l’aller voir et consulter là-dessus, jusque dans la retraite que s’étaient ajustée nos deux ermites et qui était sise, comme j’ai dit, à Neuilly, proche de la maison de M. le duc d’Orléans.

Montesquiou invitait fort peu et fort bien, tout le meilleur et le plus grand, mais pas toujours les mêmes et à dessein, car il jouait fort au roi, avec des faveurs et des disgrâces jusqu’à l’injustice à en crier, mais tout cela soutenu par un mérite si reconnu, qu’on le lui passait, mais quelques-uns pourtant fort fidèlement et fort régulièrement, qu’on était presque toujours sûr de trouver chez lui quand il donnait un divertissement, comme la duchesse Mme de Clermont-Tonnerre de laquelle il sera parlé beaucoup plus loin, qui était fille de Gramont, petite-fille