Page:Proust - Pastiches et Mélanges, 1921.djvu/266

Cette page n’a pas encore été corrigée
MÉLANGES

l’accompagnant d’une comparaison qui, n’étant née d’aucune impression agréable et forte, ne nous charme nullement. Nous ne pouvons qu’accuser la pitoyable sécheresse de son imagination quand il compare la campagne avec ses cultures variées « à ces cartes de tailleurs où sont collés les échantillons de pantalons et de gilets » et quand il dit que de Paris à Angoulême il n’y a rien à admirer. Et nous sourions de ce gothique fervent qui n’a même pas pris la peine d’aller à Chartres visiter la cathédrale[1].

Mais quelle bonne humeur, quel goût ! comme, nous le suivons volontiers dans ses aventures, ce compagnon plein d’entrain ; il est si sympathique que tout autour de lui nous le devient. Et après les quelques jours qu’il a passés auprès du commandant Lebarbier de Tinan, retenu par la tempête à à bord de son beau vaisseau « étincelant comme de l’or », nous sommes triste qu’il ne nous dise plus un mot de cet aimable marin et nous le fasse quitter pour toujours sans nous apprendre ce qu’il est devenu[2]. Nous sentons bien que sa gâité hâbleuse et ses mélancolies aussi sont chez lui habitudes un peu débraillées de journaliste. Mais nous lui passons tout cela, nous faisons ce qu’il veut, nous nous amusons quand il rentre trempé jusqu’aux os, mourant de

  1. « Je regrette d’avoir passé par Chartres sans avoir pu voir la cathédrale. » (Voyage en Espagne, p. 2.)
  2. Il devint, me dit-on, le célèbre amiral de Tinan, père de Mme Pochet de Tinan, dont le nom est resté cher aux artistes, et le grand-père du brillant officier de cavalerie. — C’est lui aussi, je pense, qui devant Gaëte, assura quelque temps le ravitaillement et les communications de François II et de la reine de Naples. (Voir Pierre de la Gorce, Histoire du second Empire.)
264