Page:Proust - Pastiches et Mélanges, 1921.djvu/245

Cette page n’a pas encore été corrigée
JOURNÉES DE LECTURE

lectuelle dans les couleurs plus brillantes de sa pensée. Nous pouvons reconnaître l’écho de ses entretiens avec Carlyle dans l’idéal héroïque, aristocratique et stoïque qu’il propose et dans l’insistance avec laquelle il revient sur la valeur des livres et des bibliothèques publiques, Carlyle étant le fondateur de la London Bibliothèque... »

Pour nous, qui ne voulons ici que discuter en elle-même, et sans nous occuper de ses origines historiques, la thèse de Ruskin, nous pouvons la résumer assez exactement par ces mots de Descartes, que « la lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés qui en ont été les auteurs ». Ruskin n’a peut-être pas connu cette pensée d’ailleurs un peu sèche du philosophe français, mais c’est elle en réalité qu’on retrouve partout dans sa conférence, enveloppée seulement dans un or apollinien où fondent des brumes anglaises, pareil à celui dont la gloire illumine les paysages de son peintre préféré. « A supposer, dit-il, que nous ayons et la volonté et l’intelligence de bien choisir nos amis, combien peu d’entre nous en ont le pouvoir, combien est limitée la sphère de nos choix. Nous ne pouvons connaître qui nous voudrions... Nous pouvons par une bonne fortune entrevoir un grand poète et entendre le son de sa voix, ou poser une question à un homme

    « Sésame et les Lys ». Les dimensions de ce volume et l’abondance de notre propre Commentaire ne nous ont pas permis de m eux faire. Sauf pour quatre d’entre elles (Smith, Elder et C°) les nombreuses éditions de « Sésame et les Lys » ont toutes paru chez Georges Allen, l’illustre éditeur de toute l’œuvre de Ruskin, le maître de Ruskin House.

243