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EN MÉMOIRE DES ÉGLISES ASSASSINÉES

n’a-t-il pas déclaré : « Je suis la racine et l’épanouissement de David », et la racine n’aurait près de soi pas trace de la terre qui l’a nourrie ? Il n’en est pas ainsi ; David et son fils sont ensemble. David est le piédestal de la statue du Christ. Il tient son sceptre dans la main droite, un phylactère dans la gauche.

« De la statue du Christ elle-même je ne parlerai pas, aucune sculpture ne pouvant, ni ne devant satisfaire l’espérance d’une âme aimante qui a appris à croire en lui. Mais à cette époque elle dépassa ce qui avait jamais été atteint jusque-là en tendresse sculptée. Et elle était connue au loin sous le nom de : le beau Dieu d’Amiens. Elle n’était d’ailleurs qu’un signe, un symbole de la présence divine et non une idole, dans notre sens du mot. Et pourtant chacun la concevait comme l’Esprit vivant, venant l’accueillir à la porte du temple, la Parole

    chand juif — le roi Salomon — qui avait fait une des fortunes les plus considérables de l’époque Unto this last) de faire sentir combien le génie de Ruskin diffère de celui de Renan. De ce même mot « fils de David », Renan dit : « La famille de David était éteinte depuis longtemps. Jésus se laissa pourtant donner un titre sans lequel il ne pouvait espérer aucun succès ; il finit, ce semble, par y prendre plaisir, etc. » L’opposition n’apparaît ici qu’à propos d’une simple dénomination. Mais quand il s’agit de longs versets, elle s’aggrave. On sait avec quelle magnificence dans la Couronne d’Olivier Sauvage (das Eagles hest), et surtout dans les Lys des Jardins des Reines, Ruskin a cité la parole rapportée par saint Luc, IX, 58 : « Jésus lui répondit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des nids, mais le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête. » Avec cette ingéniosité merveilleuse qui, commentant les Evangiles à l’aide de l’histoire et de la géographie (histoire et géographie d’ailleurs forcément un peu hypothétiques), y donne aux moindres paroles du Christ un tel relief de vie et semble les

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