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absolutistes, libéraux, gallicans, dynastiques de la droite et de la gauche, impérialistes, républicains bleus et rouges, socialistes, se retrouvent en bonne fraternité. L’agiotage a résolu le grand problème de l’unité, la pierre philosophale de la politique : la fusion des antagonismes. Tous jurent par le même Évangile, la cote des fonds publics ; écoutent le même oracle, la prime ; adorent le même Dieu, l’écu de cent sous : Unus Deus, una fides, unum baptisma.

Oh ! si cette Gomorrhe pouvait se consumer sans répandre sur le pays la désolation, les miasmes pestilentiels, l’asphyxie et la mort, combien nous serions plus disposés à attiser le feu qu’à l’éteindre !…

Mais « il ne faut pas se le dissimuler. Dans tous les pays et dans tous les siècles, c’est toujours au travail qu’incombe la tâche de réparer, à la sueur de son front, les erreurs ou les folies financières. Les masses sont pénétrées, à cet égard, d’un instinct qu’aucun sophisme ne saurait tromper. » (Introduction à la Bourse de Londres, par M. Lefebvre-Duruflé, sénateur, ancien ministre du commerce).


§ 4. Développement de l’escroquerie et du vol dans les opérations de la commandite.


De la Bourse, théâtre où se joue la grande comédie de l’époque, passons à la commandite, officine où se compose le drame, où se combinent les coups de théâtre.

M. L. Deplanque, dans l’Almanach de la Bourse de 1856, après avoir relevé la lésinerie maladroite des actionnaires qui marchandent aux fondateurs de sociétés des actions rémunératoires ou une part dans les bénéfices, se demande à quelle source les dits fondateurs peuvent espérer de trouver la récompense de leurs efforts et de leurs risques.

« Cette source, dit-il, pour être cachée, n’en est pas moins abondante ; mais, aux yeux du vulgaire, il semble que les fondateurs ne sont mus que par leur ardent amour du bien public, par le louable désir de doter le pays du bienfait de ces nouvelles voies de communication, merveilleux résultats de l’intelligence, qui, en supprimant les distances, pour ainsi dire, rapprochent les hommes et les choses, et sont l’instrument de la richesse et de la civilisa-