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prendre livraison si les actions montent, et dans ce cas on les lui paye.

« Voilà comment il est possible d’ouvrir un marché à la Bourse sur la première valeur venue. Il faut trouver un vendeur et un acheteur. Le vendeur, c’est celui qui apporte ses titres ; l’acheteur, c’est celui qui se résout très-facilement à prendre des actions au comptant, quelle que soit leur valeur, puisque en même temps qu’il les prend d’une main au comptant, il les lâche de l’autre main à terme, avec profit. Cette opération a pour effet immédiat de produire la hausse. »

C’est alors qu’arrivent les moutons de Panurge, et que les compères se voient arracher, contre bons et beaux écus sonnants, les chiffons de papier sur lesquels ils semblaient faire, dans leur coin, des transactions si animées. Voyons maintenant l’inverse.

« Voici comment opèrent les baissiers. Sans avoir d’actions, ils en vendent des quantités plus ou moins considérables, suivant le crédit dont ils peuvent disposer. Or plus une marchandise est offerte, plus son cours baisse. Quand les actions sont descendues à un cours inférieur à celui auquel il les ont vendues, ils en rachètent et gagnent ainsi la différence.

« Ces opérations de baissiers ont une grande influence sur le marché : elles ont pour effet de forcer les vendeurs à primes d’abandonner leurs primes ; d’où résulte nécessairement une dépréciation de la valeur.

Tel est le mécanisme des opérations de Bourse pour l’établissement d’un marché, et voilà comment je m’y suis pris pour lancer la Lignéenne. »

Qu’en disent ces bons provinciaux qui, du fond de leur sous-préfecture, prétendent, sur les indications d’un bulletin financier, souvent dupe, parfois complice, diriger à Paris une opération de Bourse et y gagner de l’argent ?


§ 2. Association du capital et de l’intelligence dans les opérations de bourse.


Si le jeu est la condition naturelle du producteur et de l’échangiste ; si d’autre part il est permis au spéculateur d’user à la Bourse de l’avantage que lui assurent ses capitaux,