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prendre la parole devant le pays : au banquet de la publicité, il n’y a pas place pour tout le monde.

Écoutez Lacordaire, ce flambeau de l’Église, ce vase d’élection du catholicisme. Il vous dira que le socialisme est l’Antechrist. — Et pourquoi le socialisme est-il l’Antechrist ? — Parce que le socialisme est l’ennemi de Malthus, et que le catholicisme, par une transformation dernière, s’est fait malthusien.

L’Évangile nous dit, s’écrie le tonsuré, qu’il y aura toujours des pauvres : Pauperes semper habebitis vobiscum ; et qu’en conséquence la propriété, en tant qu’elle est privilége et qu’elle fait des pauvres, est sacrée. Le pauvre est nécessaire à l’exercice de la charité évangélique : au banquet d’ici-bas, il ne saurait y avoir place pour tout le monde.

Il feint d’ignorer, l’infidèle, que pauvreté, dans la langue sainte, signifie toute espèce d’affliction et de peine, et non pas chômage et prolétariat. Et comment celui qui allait partout dans la Judée, criant : Malheur aux riches ! eût-il pu l’entendre autrement ? Malheur aux riches ! dans la pensée de Jésus-Christ, c’était malheur aux malthusiens.

Si le Christ vivait de nos jours, il dirait aux Lacordaire et consorts : « Vous êtes de la race de ceux qui dans tous les temps ont versé le sang des justes, depuis Abel jusqu’à Zacharie. Votre loi n’est pas ma loi ; votre Dieu n’est pas mon Dieu !… » Et les Lacordaire crucifieraient le Christ comme séditieux et comme athée.

Le journalisme presque tout entier est infecté des mêmes idées. — Que le National, par exemple, nous dise s’il n’a pas toujours cru, s’il ne croit pas encore que le paupérisme, dans la civilisation, est éternel ; que l’asservissement d’une partie de l’humanité est nécessaire à la gloire de l’autre ; que ceux qui prétendent le contraire sont de dangereux rêveurs qui méritent d’être fusillés ; que telle est la raison d’état ? Car, si telle n’est pas la pensée secrète du National, si le National veut sincèrement, résolument l’émancipation des travailleurs, pourquoi ces anathèmes, pourquoi cette colère contre les socialistes purs, contre ceux qui, depuis dix et vingt ans, demandent cette émancipation ?

Qu’ils daignent aussi, afin que le Peuple les connaisse, faire leur profession de foi économique, ces bohémiens de la littérature, aujourd’hui sbires du journalisme, calomniateurs à prix