Page:Proudhon - Les Malthusiens, 1849.djvu/4

Cette page a été validée par deux contributeurs.


au travail, comme de tout expédient révolutionnaire. Et tout le comité d’applaudir.

En rapportant cette déclaration du célèbre historien et homme d’État, je n’ai nulle envie, on le sent bien, d’incriminer ses intentions. Dans la disposition actuelle des esprits, je ne réussirais qu’à servir l’ambition de M. Thiers, s’il lui en restait. Ce que je veux faire remarquer, c’est que M. Thiers, en s’exprimant de la sorte, témoignait, peut-être sans y penser, de sa foi à Malthus.

Entendez bien ceci, je vous prie. — Ce sont deux millions, quatre millions d’hommes qui périront de misère et de faim, si l’on ne trouve moyen de les faire travailler. C’est un grand malheur assurément, et nous en gémissons tous les premiers, vous disent les malthusiens : mais qu’y faire ? Il vaut mieux que quatre millions d’hommes périssent que de compromettre le privilége ; ce n’est pas la faute du capital, si le travail chôme : au banquet du crédit, il n’y a pas de place pour tout le monde.

Ils sont courageux, ils sont stoïques, les hommes d’État de l’école de Malthus, quand il s’agit de sacrifier les travailleurs par millions. — Tu as assassiné le pauvre, disait le prophète Élie au roi d’Israël, et puis tu t’es emparé de son héritage. Occidisti et possedisti. Il faut aujourd’hui renverser la phrase, et dire à ceux qui possèdent et qui gouvernent : — Vous avez le privilége du travail, le privilége du crédit, le privilége de la propriété, comme dit M. Thouret ; et c’est parce que vous ne voulez pas vous en dessaisir, que vous répandez comme l’eau la vie du pauvre : Possedisti, et occidisti !

Et le Peuple, sous la pression des baïonnettes, se consume lentement ; se meurt sans soupir et sans murmure : le sacrifice s’accomplit dans le silence. Courage ! travailleurs ; soutenez-vous les uns les autres : la Providence finira par vaincre la fatalité. Courage ! vos pères, les soldats de la République, étaient encore plus mal que vous aux siéges de Gênes et de Mayence.

M. Léon Faucher, combattant pour le cautionnement des journaux, pour le maintien des douanes sur la presse, raisonnait aussi comme Malthus. — Le journal sérieux, disait-il, le journal qui mérite considération et estime, est celui qui s’établit au capital de 4 à 500,000 fr. Le journaliste qui n’a que sa plume est comme l’ouvrier qui n’a que ses bras. S’il ne trouve moyen de faire acheter ses services ou créditer son entreprise, c’est signe que l’opinion le condamne ; il n’a pas le moindre droit à