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nuer le monde. Ceux qui s’acquittent le mieux de ce devoir, qui pratiquent avec piété, courage et fraternité les maximes de Malthus, sont les bons citoyens, les hommes religieux ; — ceux qui protestent, sont des anarchistes, des socialistes, des athées.

Le crime inexpiable de la révolution de février est d’avoir été le produit de cette protestation. Aussi, on lui apprendra à vivre à cette révolution qui promettait de faire vivre tout le monde. — La tache originelle, indélébile de la République, c’est d’avoir été proclamée par le Peuple, anti-malthusien. C’est pour cela que la République est si particulièrement odieuse à ceux qui furent et qui veulent redevenir les complaisans et les complices des rois, grands mangeurs d’hommes, disait Caton. On la monarchisera votre République, on lui fera dévorer ses enfans !

Là est tout le secret des souffrances, des agitations et des contradictions de notre pays.

Les économistes ont les premiers parmi nous, par un inconcevable blasphème, érigé en dogme de Providence la théorie de Malthus. Je ne les accuse pas plus que je ne les calomnie. Les économistes sont en cela de la meilleure foi, comme de la meilleure intention du monde. Ils ne demanderaient pas mieux que de faire le bonheur du genre humain ; mais ils ne conçoivent pas comment, sans une organisation quelconque de l’homicide, l’équilibre entre la population et les subsistances pourrait exister.

Demandez à l’Académie des sciences morales. Un de ses membres les plus honorables, que je ne nommerai pas, bien qu’il s’honore de ses opinions, comme doit faire tout honnête homme, étant préfet de je ne sais quel département, s’avisa un jour, dans une proclamation, de recommander à ses administrés de ne plus faire autant d’enfans à leurs femmes. Grand scandale parmi les curés et les commères, qui traitèrent cette morale académique de morale de cochons ! Le savant dont je parle n’en était pas moins, comme tous ses confrères, un défenseur zélé de la famille et de la morale. — Mais, observait-il, avec Malthus, au banquet de la nature, il n’y a pas de place pour tout le monde.

M. Thiers, membre aussi de l’Académie des sciences morales, disait dernièrement au comité des finances, que s’il était ministre, il se bornerait à traverser courageusement, stoïquement, la crise, se renfermant dans les dépenses de son budget, faisant respecter l’ordre, et se gardant avec soin de toute innovation financière, de toute idée socialiste, telle que notamment le droit