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à l’avarice, il se justifiera en alléguant les nombreuses familles qu’il fait vivre. Fidélité, à la vérité ? — non, à la boutique : tel sera, bon gré mal gré, la première vertu du journaliste.


Entrepreneur d’annonces et de publications, le journaliste pourrait mettre sa responsabilité à couvert, en bornant son ministère à une simple insertion. Mais les abonnés attendent mieux de lui : ce sont des appréciations qu’ils demandent, c’est par là que le journal se rend surtout intéressant. Donc, si le journal s’interdit toute espèce de jugement défavorable sur les choses qu’il annonce, parce que ce serait éloigner de lui la branche la plus lucrative de son commerce, il y aura cependant certains objets, certaines entreprises, qui mériteront son suffrage, et que, moyennant salaire, il recommandera au public. Toute la question sera pour lui de bien placer ses recommandations et de s’arranger de manière à n’y pas contredire. Constance dans les amitiés, fidélité et discrétion à la clientèle : telle est la probité du journaliste. C’est celle du commis qui se ferait scrupule de dérober un centime à la caisse, et qui traite de Turc à Maure le chaland. De ce moment vous pouvez compter que la prévarication et l’infidélité président à la confection de la feuille. N’attendez plus aucune garantie de cette officine, succursale des compagnies et établissements qui la subventionnent, trafiquant de ses réclames, levant tribut, à l’aide de ses comptes-rendus ou bulletins, sur le monde entier, bourse, commerce, industrie, agriculture, navigation, chemins de fer, politique, littérature, théâtre, etc. C’est toute une alchimie que d’extraire la