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On peut affirmer, jusqu’à certain point, que sur Dieu, l’homme et la société, toutes les vérités essentielles ont été entrevues ; qu’elles se trouvent chacune consignée quelque part dans les écrits des philosophes ; seulement, elles ont été ou mal rendues, ou mal classées ; par conséquent, la preuve reste à faire. Si donc il était possible, dans tout ce que la philosophie a produit, de dégager le vrai du faux, de retrouver l’ordre et la série, sans doute il sortirait de ce travail une masse d’idées qui, si elle ne dissipait tous les doutes et ne répondait à toutes les questions, offrirait du moins les parties principales d’une philosophie définitive, qu’il serait alors plus aisé de compléter.

Certainement l’éclectisme, en se proposant de faire l’épuration des matériaux accumulés par la philosophie, poursuivait une tâche utile, et, sous ce rapport, je le trouve exempt de blâme. Mais qui dit éclectisme dit nécessairement ordonnance de choses dispersées et confondues ; pour trouver cette ordonnance, il faut une règle, une mesure, une méthode enfin : donc, d’après le but avoué des éclectiques, l’éclectisme se résout tout entier dans la recherche d’une méthode.

147. b) La méthode nécessaire à la constitution de la science philosophique présumée ne peut être ni celle usitée jusqu’à ce jour en philosophie, puisque par son moyen l’on n’a rien su produire ; ni aucune des méthodes particulières suivies dans les sciences, puisque ce qui a détaché chaque science du faisceau philosophique est précisément la spécialité de sa méthode.

Il reste que la méthode demandée résulte de la comparaison des sciences et des méthodes : ainsi donc, ou cette méthode n’est pas, ou elle est universelle, transcendante, absolue.

148. Une dernière question se présente : La méthode universelle conduira-t-elle à une science universelle ?

Sur ce point, les opinions se divisent. Les uns, et ceux-là forment le plus grand nombre, travaillent résolument à réaliser l’ancien programme, scientia Dei, hominis et mundi, à ramener tout à un seul principe, à une seule cause, à un fait unique ; à faire de la philosophie, en un mot, une pansophie. Telle est la pensée qui a fait éclore les grands systèmes de philosophie allemande, et chez nous, les hardies synthèses de MM. Azaïs, de Lamennais, Saint-Simon, Fourier. Il n’est si mince bachelier qui, jetant pêle-mêle physique et littérature, histoire naturelle et psychologie, morale et langues, ne s’imagine arriver bientôt au dernier mot de la science, à la possession de l’absolu [1].

  1. L’auteur ne serait-il pas lui-même un de ces minces bacheliers ?… (Note de l’éditeur.)