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J’en conclus qu’il est moins difficile de s’y faire grand qu’ailleurs.


« Les deux plus grandes choses qui soient dans le monde, c’est agir ou penser… »


M. Cousin prend-il le fracas et la grandiloquence pour la grandeur ?


« Le champ de bataille, ou la vie de cabinet. »


Bien entendu que l’homme qui pense doit l’emporter sur celui qui tue. On prendrait cela pour une facétie de M. Cousin, si l’on ne savait jusqu’où va la candeur philosophique.


« La pensée a droit à la grandeur et à la protection de l’État. Il remplit directement sa mission, lorsqu’il consacre par une loi la liberté de penser, de parler et de publier ; il la remplit encore, mais indirectement, quand il proclame l’admissibilité de tous aux emplois. Qui ne voit, en effet, que la pensée pour se développer veut un but, et que le monopole des hautes fonctions lui coupe les ailes, en lui enlevant l’espoir d’une haute récompense ? »


Ici la pudeur du maître a tellement enveloppé le syllogisme qu’il est nécessaire que je le dégage :


La plus haute capacité a droit à la plus haute fonction de l’État, sans quoi elle ne pourrait vivre :
Or le philosophe est l’homme de capacité, l’homme grand par excellence ;
Donc c’est au philosophe de gouverner l’État.


Frédéric II a répondu à ce syllogisme, en disant que, quand il voudrait châtier une province, il y enverrait des philosophes.

129. Souvent, au lieu de formuler sa pensée en syllogismes complets et enchaînés l’un à l’autre, le philosophe se borne à exprimer une série de généralités sans rapport entre elles et sans conséquences indiquées : alors l’œuvre philosophique devient un galimatias continuel, que l’on admire d’autant plus qu’il étourdit davantage, et dont l’effet sur l’entendement ressemble à celui d’une potion opiacée sur le cerveau. Les moralistes, surtout, sont sujets à ces divagations : entre dix mille exemples que je pourrais citer, je choisis le suivant :


« Si le sexe est à vrai dire le moyen matériel dont se sert la nature