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dans sa plus grande intensité vers les quatrième et cinquième siècles avant notre ère, au temps où vécurent, en Grèce, Socrate, Platon, et les sophistes : aux Indes, les gymnosophistes Gotama, Kanada, et autres.

Or, toutes les fois qu’une opinion, une pensée, une tendance quelconque, agite et gouverne un grand nombre d’hommes, tôt ou tard il se rencontre un individu en qui la pensée générale se concentre et se formule, et qui en devient le représentant, le théoricien, l’organe. Tel fut, pour me renfermer en un seul exemple, Aristote.

Aristote n’a point inventé la logique : comme de la comparaison des gouvernements il avait déduit une politique ; de la comparaison des orateurs, une rhétorique ; de la comparaison des poètes, une poétique : de même de l’analyse et de la comparaison des sophistes, il déduisit la logique, mais, on peut le dire, sans garantie de sa part, et sous bénéfice d’inventaire. Aristote ne fut pas plus créateur en ceci que dans ses autres ouvrages : il décrivit, ou réduisit en théorie les procédés dialectiques usités de son temps et avant lui, par les philosophes de toutes les écoles sans exception. Aussi Aristote distinguait-il la philosophie de la science, qu’il nommait épistémé, connaissance des choses susceptibles d’être démontrées. Il avait vu que la sophistique ne produit pas la certitude.

Je parlerai en leur lieu de la méthode de Socrate et des idées de Platon.

102. L’art des sophistes, décrit par Aristote, est renfermé tout entier dans la théorie du syllogisme.

Or, le syllogisme, de quelque manière qu’on le construise, se réduit invariablement à une seule opération : extraire d’une proposition générale (que l’on considère comme mère, puissance, cause, ou contenant) une proposition particulière (que l’on regarde comme fille, produit, ou contenu). Cette extraction se fait à l’aide d’une proposition intermédiaire, qui figure le rapport de la cause à l’effet.

Ainsi le syllogisme renferme trois termes : une proposition mère ou génératrice qu’on appelle majeure ; une proposition instrument, qu’on appelle mineure ; une proposition engendrée, qui se nomme conséquence. — On donne aussi aux deux premières propositions le nom commun de prémisses.

Tout syllogisme doit renfermer au moins une proposition générale, soit affirmative, soit négative. La raison en est claire : la cause doit impliquer l’effet, la mère être plus âgée que la fille, le