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les ministres eux-mêmes, relativement au chef du pouvoir consulaire ?

D’après la charte, le roi ne peut mal agir, parce que pour agir il lui faut le contre-seing d’un ministre, et que ce ministre, étant chargé de toute la responsabilité, plutôt que de violer la loi devra donner sa démission. En termes plus clairs, la charte, prévoyant le cas où la royauté symbolique serait attaquée d’ophthalmie, a pensé qu’au lieu de lui appliquer un collyre, il fallait lui lier les mains. Cette combinaison constitutionnelle, comme toute sottise philosophique, a eu ses partisans et ses admirateurs.

Mais de deux choses l’une : ou le roi règne et gouverne, et alors ses ministres sont ses commis ; ou bien le roi règne et ne gouverne pas, et alors de quoi sert-il, soit pour opérer le bien, soit pour empêcher le mal ? — La seconde partie de l’alternative est celle dont les exemples sont le plus rares, il faut nous en féliciter. Un homme qui travaille à assurer sa dynastie, qui bâtit pour l’éternité, est moins à craindre que des parvenus pressés de s’enrichir et de signaler leur passage par quelque folie d’éclat. En thèse générale, c’est donc le roi qui gouverne ; les ministres sont pour lui comme ces industriels qui, moyennant rétribution honnête, spéculant sur les chances de la cour d’assises, signent les journaux et vont en prison pour les rédacteurs. L’invention n’est pas très-morale ; et je conseillerais volontiers aux journalistes, avant d’attaquer le gouvernement personnel, de commencer par eux-mêmes l’application de leurs maximes.

Quoi qu’il en soit, le prince, assisté de secrétaires officieux, règne et gouverne, c’est-à-dire tient dans sa main tous les pouvoirs de l’État. Nous avons fait ressortir à plusieurs reprises les inconvénients de ce cumul, qui est l’essence même de la hiérarchie ; et nous ne reviendrons pas sur nos paroles. Mais la Charte, en soumettant la volonté royale au contre-seing des ministres, et en rendant ceux-ci responsables, obéissait à une tendance dont elle ne pénétrait pas toute la portée, et qui avait pour résultat de séparer complétement du pouvoir consulaire les fonctions ministérielles.

Les ministres, élus par la chambre des députés, sont les agents supérieurs du pouvoir exécutif, le deuxième dans l’État ; pouvoir qui ne se résume pas, comme le pouvoir consulaire, en un chef unique, mais qui, se divisant dès l’abord en plusieurs catégories égales, compte autant de représentants que de hautes spécialités. Les ministres sont indépendants, non-seulement les uns des autres, mais encore du procurateur général : celui-ci ne les nomme