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Au moment de terminer cet ouvrage, l’étendue du chemin qui nous reste à parcourir nous suggère cette réflexion. L’Économie politique, renfermée depuis A. Smith dans le cercle restreint de la production, de la circulation, des valeurs, du crédit, de la rente, de l’impôt, l’Économie politique embrasse encore l’organisation de l’atelier et du gouvernement, la législation, l’instruction publique, la constitution de la famille, la gérance du globe : elle est la clef de l’histoire, la théorie de l’ordre, le dernier verbe du Créateur. Par ses aspects divers, elle touche à la psychologie, à la morale, à l’histoire naturelle, à la médecine et à l’art ; plus qu’aucune autre science, enfin, elle contribuera à la solution de ces vastes problèmes : Qu’est-ce que l’homme ? d’où vient-il ? où va-t-il ? — Qu’est-ce que le mal ? qu’est-ce que Dieu ?…

544. À la vue de cette immense carrière, le lecteur studieux comprendra sans doute qu’après avoir, dans les chapitres qui précèdent, donné seulement des formules de thèses et de résumés, nous ne puissions plus fournir dans celui-ci que des indications. Quant aux critiques amateurs, nous leur permettons volontiers de s’exclamer contre un livre qui, aspirant à réformer le monde, se tait obstinément sur la cosmogonie, la théologie, la transmigration des âmes, et la discession des héroës, comme dit Rabelais ; qui, annonçant la restauration des mœurs et l’égalité des conditions, ne dit mot d’architecture, de musique et d’amour, et semble faire abstraction de la femme. À ces mouches importunes nous nous contenterons de répondre : Suivez notre exemple ; travaillez vous-mêmes au lieu de discourir, et vous obtiendrez infailliblement les solutions que vous cherchez.

545. Rien de ce qui intéresse l’Humanité ne sera omis dans nos études : mais la science ne se fait pas d’un jour : il suffit, pour le moment, que la méthode en soit trouvée, et que par elle nous soyons désormais à l’abri de l’erreur. D’ailleurs, il est des choses qui ne se préjugent pas. Quel chrétien des trois premiers siècles aurait deviné l’architecture gothique et la chevalerie ? Le christianisme renfermait le principe d’un art nouveau et le type d’une famille nouvelle : or, lisez les écrits de ses premiers auteurs, depuis Paul apôtre jusqu’à l’évêque Ambroise et au delà ; partout vous trouvez le mépris des vanités du monde, la condamnation de la chair, la proscription de l’amour, l’humiliation de la femme. L’idée vague d’une transformation universelle (catholique) préoccupait les esprits : mais nul ne pouvait dire ce qu’amènerait cette transformation. Les prêtres s’attachaient à développer la parole évangélique, confiants dans les promesses du Maître : et le monde obéissait, sans faire d’objection et sans murmurer, parce que le monde