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rapports d’un objet ordonné en lui-même, et gouverné par des formules partout ailleurs inconnues. L’histoire est désormais expliquée ; elle ne l’a été, elle ne pouvait l’être que par l’Économie politique : une science nouvelle était nécessaire pour dévoiler les secrets du développement social.

503. Parmi les sociétés qui formèrent autrefois corps de nation, les unes s’étaient constituées sur un mode artificiel ; les autres, après avoir rencontré le principe naturel de sériation, l’avaient appliqué d’une manière insuffisante et vicieuse ; de là la diversité de leurs fortunes.

Moïse, qui semble avoir été guidé surtout par l’horreur des castes et du despotisme oriental, avait institué l’égalité devant la loi, la liberté de l’industrie, et jusqu’à certain point la garantie du travail et des propriétés. Sous le rapport de la production et de la distribution des richesses, sa législation fut peut-être la plus parfaite de l’ancien monde. Le travail, déshonoré dans la Grèce et l’Italie, abandonné aux esclaves, était, chez les Hébreux, le principe de la fortune publique et la source du bien-être des citoyens. Malheureusement, le réformateur n’avait rien fait pour l’organisation politique. Point de centralisation ; à moins que l’on ne veuille appeler de ce nom la communauté d’un culte chancelant, et le privilége sacerdotal des lévites : c’est comme si l’on prétendait que l’Europe est aujourd’hui centralisée, parce que ses habitants sont tous baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Point de division des pouvoirs : des assemblées à la porte des villes assistant aux contrats, écoutant les plaids, jugeant les causes ; une quasi-démocratie menée par des prêtres : nul vestige d’administration. Une société, pour ainsi dire acéphale, ne pouvant vivre, le peuple, à côté de sa théocratie, créa une royauté ; c’étaient deux, trois souverainetés au lieu d’une. Le malheur voulut ensuite que les rois ne sussent ni dominer ni exterminer le sacerdoce, ni diviser leur propre pouvoir. Ils demeurèrent despotes. On sait la triste fin de ce peuple, dont les commencements furent si prospères, et qui parut un moment receler dans son sein les destinées du monde.

504. Le principe de subversion chez les Juifs était donc l’insubordination du sacerdoce, la théocratie : à Sparte, ce fut la communauté.

Vers la fin de la liberté grecque, un roi Spartiate entreprit de faire revivre les institutions de Lycurgue, et, il faut lui rendre cette justice, le malheureux prêchait d’exemple. Agis, comme tous les esprits rétrogrades, attribuait la décadence des mœurs et l’abaissement de la république au dépérissement des vieilles institutions :