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police, seul commandant des armées, seul propriétaire, seul négociant, seul industriel, seul administrateur et seul juge ; il fallait que le serment de fidélité à la patrie et d’obéissance aux lois fût prêté entre ses mains ; il fallait que le laboureur tint de lui sa charrue, l’artisan son privilége, l’artiste son brevet, le juge son mandat, le capitaine son épée, l’armateur son pavillon, le soldat son drapeau, le commerçant sa patente. C’était l’image anticipée de ce que nous réclamons aujourd’hui, nous autres réformistes, sous ce mot d’ordre : Organisation du travail, solidarité, garantie. Dans cette période de préparation, la question monarchique n’était point une question de légitimité : c’était une question de vie, ce qui veut dire une question de force.

475. Unité et centralisation : telle a été, parmi d’intolérables violences, la mission des rois. Leur temps s’avance, grâce au ciel ; mais ceux-là seuls auront servi l’humanité qui se seront montrés fidèles à leur caractère. Le crime irrémissible de la royauté, c’est de changer la force expansive du sceptre en un principe d’inertie, et, par une transaction coupable avec les castes puissantes, de s’affermir dans un statu quo mortel. Le plus remuant et le plus novateur des monarques fut toujours, pour l’humanité, le meilleur : j’en atteste Charlemagne, Louis XIV et Napoléon. Jadis, autant de tribus bâtissaient un village, autant de rois ceignaient le diadème : Josué, dit l’histoire, défit trente et un rois au passage du Jourdain. La plus utile besogne des rois, comme des propriétaires, est de se détruire par la concurrence et de ne laisser à leur place que des producteurs : que la Providence leur soit en aide !

Quiconque, à mon exemple, fait opposition à la royauté, doit donc se souvenir qu’avant de procéder à son abolition, nous avons à répondre aux questions suivantes : L’œuvre des rois est-elle accomplie ? — Pouvons-nous, sans leur secours, achever notre constitution ? — Quel sera l’état de la société, lorsqu’aura cessé la souveraineté de l’homme ?

Mais ne blasphémons pas la royauté, car ce serait blasphémer l’humanité même.

476. Le mode constitutionnel de la royauté est la hiérarchie ; son principe, soit qu’elle se réclame de droit divin, soit qu’elle relève de la conquête ou de l’élection, est l’autorité ; son attribut essentiel, la force ; son caractère, l’unité et la spontanéité ; sa tendance, au dehors la conquête, au dedans l’immobilisme.

Pour arriver à ses fins, la royauté s’arroge tout ou partie du pouvoir législatif, administratif et judiciaire ; mais, de quelque manière qu’elle en use, dès que la royauté légifère, elle se limite dans l’administration et le jugement ; plus elle rend d’ordonnances,