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les divisions et les périphrases : en poursuivant l’allégorie vous tournez toujours dans le même cercle, et, après une course immense, vous arrivez juste au point d’où vous êtes parti, savoir, que toute chose naît et s’achève dans le temps, se propage dans l’espace, et que le progrès est la forme de l’histoire. Mais les lois, qui seules donneraient pour chaque fait l’intelligence de cette forme, les lois sont encore à découvrir : or c’est à quoi le principe de causalité (79-170) suivi par M. Ortolan ne sert absolument de rien.


§ II. — Au point de vue de l’organisation, les lois de l’Économie politique
sont les lois de l’Histoire [1].


468. Puisque nous avons à constater par les faits la certitude de la science économique, c’est au point de vue du travail, c’est-à-dire : 1o du produit, de la valeur, de la formation des capitaux, du crédit, de l’échange, des monnaies, etc. ; — 2o de la spécialité et de la synthèse du travail, de la coordination des fonctions, de la solidarité et de la responsabilité du travailleur ; — 3o de la distribution des instruments de travail et de la répartition des produits, selon le mérite et la justice, que nous avons à étudier l’histoire.

La première partie de cette tâche a été remplie par un économiste de premier ordre, M. Blanqui, auteur d’une Histoire de l’Économie politique en Europe, depuis les anciens jusqu’à nos jours. Dans cet excellent ouvrage, on voit comment, par ses transformations industrielles (383), le travail agit sur l’économie des sociétés, affranchit le prolétariat, donne et retire la richesse aux nations, amène peu à peu l’alliance des peuples et l’égalité des conditions, assied l’ordre public et la morale sur une base indestructible. De pareils ouvrages, je ne puis me lasser de le dire, nous dévoilent les lois de l’histoire mille fois mieux que tous les écrits des Bossuet, des Vico, des Montesquieu et de la foule des philosophes.

469. Mais après avoir observé l’influence du travail sur la société sous le rapport de la production et de la circulation des richesses, il convient d’en suivre les manifestations organiques dans les mouvements révolutionnaires et les formes des gouvernements. Il faut voir si, sous ce nouveau point de vue, les faits démentent ou confirment les conclusions de la théorie ; si le sys-

  1. Enfin l’auteur commence à se faire entendre. L’histoire est pour lui la même chose que l’Économie politique, considérée à un certain point de vue. Donc l’histoire est science. Ce n’était pas la peine de dépenser tant d’esprit pour soutenir un paradoxe. (Note de l’éditeur.)