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et vivant ; l’Économie politique en est la physiologie. De même que le mouvement vital se manifeste en quatre moments consécutifs : la génération, l’assimilation, l’accroissement qui en est la suite, et enfin le plein et entier développement des facultés et des organes ; de même, dit M. Ortolan, l’humanité, le grand Être collectif, parcourt dans chacune de ses manifestations quatre périodes distinctes : éclosion ou génération, propagande, similitude, perfectionnement ou progrès. Tout cela est assurément incontestable, et je ne sache guère aujourd’hui que des académies de province où l’on s’avise encore de nier le mouvement. Mais sont-ce là des lois ? et quand, sur la ligne indéfinie de l’histoire, nous avons planté ces quatre jalons, comprenons-nous le progrès ?…

467. Sans le progrès, l’histoire n’existe pas ; l’histoire n’est même autre chose que le progrès, c’est-à-dire le mode selon lequel toute création arrive. Ces deux expressions sont synonymes, et lorsqu’on affirme que le progrès est la loi de l’histoire, c’est comme si l’on disait que l’histoire est la loi de l’histoire [1].

Exposer les lois de la Providence, ou, comme nous disons aujourd’hui, du progrès, ce n’est point, ainsi que l’essayèrent Bossuet, Vico et d’autres, trouver une formule applicable à la totalité du sujet historique : l’histoire, à ce point de vue, est une impossibilité, une chimère ; c’est, en ce qui concerne chacune des faces ou spécialités de l’histoire, dire pourquoi, comment le progrès a lieu, selon quelle mesure et quelle série. Que l’infatigable M. Ortolan accumule les faits politiques, législatifs et autres ; qu’il rapproche les époques et les climats ; qu’il montre la marche lente et majestueuse des sociétés, et puis qu’il classe tous les matériaux par lui explorés en quatre grandes catégories, expressions sommaires d’un mouvement uniforme : M. Ortolan n’aura fait, comme j’ai dit, que diviser et classer chronologiquement sa matière ; il aura marqué d’un signe de convention (série logique, 241) des faits non encore analysés, mais dont les lois essentielles demeurent, après cette laborieuse opération, parfaitement inconnues. Génération, propagande, similitude, perfectibilité, que sont toutes ces abstractions, sinon des étiquettes servant à rappeler d’une manière abrégée certaines analogies ou certains moments de la durée ? Donnez à chacun de ces termes quatre nouveaux synonymes ; multipliez

  1. Très-bien. La critique s’adresse à M. Ortolan : elle n’atteint pas, elle ne saurait atteindre l’histoire. L’auteur l’a dit dans ses définitions : la science n’a point pour objet les substances ou les causes, mais les lois des phénomènes. La loi du progrès en tout ce qui touche a la société, c’est-à-dire, la formule du développement historique : voilà ce qui constitue la science de l’histoire. (Note de l’éditeur.)