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sité, souvent dans les ténèbres de l’histoire. Tel est le procédé à priori.

« Depuis le philosophe napolitain Vico, depuis Pagano, son disciple, jusqu’aux esprits qui nous touchent de plus près, et qui se sont jetés à leur suite dans l’exploration de ces idées transcendentales, on n’a guère fait autre chose. Le problème a été posé ; quelques plis du voile ont été soulevés ; quelques éléments de la vérité ont été saisis ; mais subordonnés, souvent perdus, dans un système de brillantes hypothèses. Où est cet enchaînement simple et rationnel ; où est cette démonstration saisissable et convaincante, toujours exigible en fait de sciences, et qui font dire : Voilà la vérité ; la loi du phénomène est reconnue ?… »

On ne saurait en moins de mots et d’un style plus énergique dire ce que doit être la vérité, et signaler l’insuffisance de ses devanciers. Mais M. Ortolan, venant après des écrivains religieux et symbolisateurs, devait, tout en préconisant la méthode expérimentale, marquer le passage de l’esprit philosophique, et, après les mysticités et les allégories de la foi, nous donner les abstractions causatives du syllogisme.

Selon M. Ortolan, l’ordre qui préside au développement de l’humanité se formule en quatre grandes lois nécessaires et permanentes : 1o loi de génération : « C’est le principe de causalité, conception impérieuse de l’intelligence humaine, qui, de degré en degré, l’élève jusqu’à l’infini ; » — 2o loi de propagande : « C’est la communication incessante des idées, des coutumes, des passions bonnes ou mauvaises, d’homme à homme, de cité à cité, de peuple à peuple ; » — 3o loi de similitude : l’auteur aurait dû dire loi d’assimilation, l’actif au lieu du passif, le mouvement, au lieu de l’inertie. En effet, selon M. Ortolan : « Cette loi marche à la suite de la propagande, effaçant chaque jour une distinction et travaillant avec les siècles à niveler et unifier l’humanité ; » — 4o loi de progrès : « Loi dernière, loi finale… La propagande et la similitude répandent sur nous le bien comme le mal, l’erreur comme la vérité : elles parcourent le globe, tantôt utiles, tantôt funestes ; tantôt poussant en avant, tantôt ramenant en arrière ; mais, sur tant de matériaux opposés, le travail de la perfectibilité humaine s’accomplit. Le mal, l’erreur, éléments périssables, produits et reproduits sans cesse sous des milliers de formes, tombent et disparaissent. Le bien, la vérité, éléments immortels, survivent à chaque ruine, et peu à peu, un à un, ils se dégagent, ils s’agglomèrent et se fixent en résultats acquis. »

Le système de M. Ortolan, il est facile de le voir, se réduit à une comparaison. La société, disait J.-B. Say, est un être organisé