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l’Iliade ; la guerre du Péloponèse et la conspiration de Catilina forment les unités épiques de Thucydide et de Salluste. L’écrivain embrasse-t-il la totalité de l’histoire, il divise son récit en groupes analogues : or, comme toutes ces divisions sont empruntées de l’espace et du temps, j’appelle cette manière de traiter l’histoire, méthode intégrale ou artificielle.

Mais cherche-t-on dans l’histoire le progrès de l’esprit dans l’une des mille spécialités de la connaissance, ou le développement organique des institutions sociales ? L’histoire, comme le travail, se divise en spécialités dont elle reçoit alors sa forme et ses lois ; c’est ce que je nomme méthode spéciale et scientifique.

456. On s’est beaucoup occupé dans ces derniers temps de savoir quelles étaient les lois du développement historique ; on a voulu, pour ainsi dire, deviner la formule suprême de la Providence. Il est facile maintenant de comprendre à quel point l’on se faisait illusion. L’histoire est le tableau général du développement de toutes les sciences : or, comme les spécialités scientifiques ne se résolvent pas les unes dans les autres (191 et suiv.), il n’y a pas de lois historiques universelles, parce qu’il n’y a pas de science universelle. Ceux-là donc perdent leur temps et poursuivent une ombre vaine, qui, semblables aux philosophes, se jetant hors de toute spécialité connue, et s’attachant à des généralités fantastiques, groupent les faits sans discernement et sans méthode, et, s’imaginent, à force de sériations logiques (241) et d’analogies, acquérir le don de prédire.

457. J’avoue que les différentes sphères de la connaissance, que je nommerais volontiers formes scientifiques, pour les rapprocher davantage des institutions ou formes politiques, se constituent à peu près dans le même temps ; qu’ensuite les phases de leur développement sont presque parallèles ; qu’elles offrent des traits frappants de ressemblance ; que par conséquent on peut, jusqu’à certain point, comparer entre eux les siècles de Périclès, d’Auguste, de Léon X et de Louis XIV. Mais il n’est pas moins absurde de chercher la formule absolue de ces quatre époques, soit qu’on les compare, soit qu’on les envisage séparément. Car de même que les sciences n’ont pas d’expression commune, si ce n’est la Série ; de même une période historique, et à plus forte raison l’histoire universelle, n’a pas d’autre expression que le Progrès. Mais, de même aussi que la théorie sérielle ne porte en soi la connaissance de rien ; qu’elle indique seulement le mode général de l’être, et peut se définir la propédeutique de la raison : ainsi le progrès, mode général de l’opération divine et de révolution poli-