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séparée des autres, de telle sorte que les qualités du travail social et les formes de la création s’y retrouvent, unité, variété, harmonie, en un mot, série ; qu’elle se rattache aux autres fonctions comme l’espèce au genre, et ne fasse qu’un tout avec elle ; enfin qu’elle puisse subir à son tour, et toujours sous la même loi, de nouvelles divisions.

À quels traits reconnaît-on le travailleur habile, intelligent et progressif ? — S’il a saisi dans sa forme pure et idéale la série que sa mission est de reproduire ; si, pour arriver à ce but, il s’est familiarisé avec les méthodes et procédés techniques ; s’il sait raisonner son œuvre, en dégager, si j’ose ainsi dire, toute la philosophie, et la rapporter par voie de comparaison et d’analyse à la méthode sommaire, à la métaphysique.

Toute fonction qui manque de l’une des conditions essentielles du travail, la spécialité, la composition et la méthode ou la loi, est une fonction imparfaite, une série tronquée : tout ouvrier qui, dans son travail, n’a pas appris à voir une image de l’opération créatrice, et dans son produit un microcosme, est une intelligence endormie, un organe inutile.

439. Par delà la sensation et le sentiment, l’aperception de la série est la cause plastique de l’idée, le commencement de la science. Or, comme la nature se manifeste à la pensée, d’abord sous ses plus grandes divisions, puis avec des différences et des séries de plus en plus spéciales ; et comme parmi les formes sérielles nous en avons distingué de simples et de composées, de plus ou moins compréhensives et complexes : ainsi naît et se développe, ainsi se mesure l’intelligence de l’homme.

Si, dans la société, les fonctions étant délimitées conformément aux règles données par la théorie, l’intelligence de chaque travailleur pouvait se renfermer exclusivement dans sa fonction, et n’apprendre jamais rien d’aucune autre : on conçoit que les capacités industrielles, comme les fonctions elles-mêmes, s’équivaudraient et se balanceraient réciproquement, puisqu’elles seraient les unes et les autres des expressions diverses de la loi sérielle.

Mais il n’en est pas ainsi : les fonctions sociales s’enchaînent par des liens si intimes, se touchent et se pénètrent par tant de côtés, que l’exercice de chacune suppose toujours la connaissance, au moins générale et sommaire, de plusieurs autres. Celui-là donc semblerait au premier abord le plus intelligent et le plus habile qui à la théorie et à la pratique de son art joindrait la connaissance d’un plus grand nombre d’autres ; c’est-à-dire qui saisirait la loi sérielle sous un plus grand nombre de faces, et saurait lui donner une expression plus variée et plus fidèle. Car de même que