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naires, ou dévolus à des compagnies d’apprentis (telles que les petites hordes de Fourier) : ce sont détails d’organisation et de pratique dans lesquels il ne m’est pas possible d’entrer. Je ne saurais le rappeler trop souvent : en travaillant à ce nouvel ouvrage, j’ai eu pour objet beaucoup moins de décrire un système d’association détaillé et complet, que de chercher les lois générales de l’organisation, et d’ouvrir la route qui doit nous y conduire.

433. Ce que nous avons dit de la division du travail et de ses différents modes nous permet d’apprécier, avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’ici, les travaux de pure intelligence.

Le travail de tête est un effort, une fatigue souvent énorme et assurément très-méritoire : cependant, au point de vue économique, ce n’est pas encore du travail. Car, il ne faut pas l’oublier, le travail est l’action intelligente de l’homme sur la matière. Or la spéculation n’est pas de l’action.

D’après la définition du travail, l’homme réfléchit d’abord ; puis il exécute. Ces deux facultés constitutives du travail, la pensée et l’action, ne se confondent pas ; tout au contraire on conçoit qu’elles se séparent. Il arrive donc que le travail se divise non plus en ses genres, espèces et variétés ; non plus en ses particules intégrantes, comme dans les opérations parcellaires ; mais en ses éléments constituants, l’intelligence et la force.

La mission de l’homme, selon Fourier, est la gérance du globe : cette gérance suppose dans le gérant une éducation préalable, la connaissance de son domaine et des matériaux qu’il doit mettre en œuvre. C’est pour cela qu’il lui faut étudier le cours des astres, la physique, la zoologie, les vertus des plantes ; toutes études qui deviennent en certains hommes spécialités de fonctions et que, par synecdoque, on appelle du noble nom de travaux. Ainsi, observation des séries de la nature, éducation de l’intelligence par la loi sérielle, tels sont les préliminaires du travail, que nous avons défini métaphysiquement, substitution de séries artificielles aux séries naturelles. Mais le savant participe à l’exécution, puisque c’est seulement en vue de l’exécution qu’il marche à la découverte ; l’homme d’action participe à la science, parce que, pour exécuter le devis du savant, il faut qu’il en acquière l’intelligence. La solidarité et la communauté industrielle entre eux est complète : comment l’égalité civile n’en serait-elle pas, un jour, la conséquence ?

434. Par la spécification, le travail satisfait au vœu de notre personnalité, qui tend invinciblement à se différencier, à se rendre indépendante, à conquérir sa liberté et son caractère ; par la com-